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L’aviateur polonais (1942) de Montillot

 

 

 

 

 

 

 

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Dans la nuit du 27 au 28 Avril 1942, un aviateur polonais arrive à pied à Montillot.

Les premiers témoignages…

Dans ses mémoires manuscrits, Pierre GUTTIN raconte :  

«  Ce fut, je crois, au printemps 1942, que survint un incident qui aurait pu être dramatique. De chez moi, j’entends des cris perçants et affolés venant de la propriété GENET  (l’ancien prieuré, près de l’église) ; c’était d’autant plus surprenant que ce ménage de gardiens était habituellement très calme. J’arrive au portail d’entrée, et j’aperçois Madame B. me criant : « Arrêtez-le, c’est un malfaiteur ! » . J’interpelle aussitôt l’individu, et lui demande de me suivre chez le Maire. Venu près de moi, il me chuchote : « Aviateur anglais », et me montre ses poignets, une plaque militaire à chacun. Dans son regard, j’ai bien lu aussitôt qu’il désirait éviter d’être prisonnier …Pas de vraie tenue militaire, nu-tête, bottes fines, culotte de cheval, blouson, cravate ; 25 à 30 ans ; un ou deux doigts manquants à une main… J’ai commandé avec insistance aux 6 ou 7 personnes, - dont mon épouse -, qui s’étaient rapprochées, de quitter les lieux aussitôt ; ce qu’elles ont fait en maugréant, ne sachant pas ce dont il s’agissait…Mais pendant ce temps, Mr B. , sous le coup de la peur d’un malfaiteur et de l’affolement de son épouse - qui avait trouvé l’homme endormi au petit matin dans son bûcher -,  était parti téléphoner aux gendarmes de Châtel-Censoir …

En nous éloignant, l’aviateur me raconte,  en français approximatif, une carte à la main … 

…En fait, il est polonais, ( d’où une première plaque militaire), engagé dans la Royal Air Force (2ème plaque…) comme pilote; de retour d’un bombardement sur l’Allemagne, atteint par la D.C.A. allemande ( la FL.A .K.), il a finalement dû poser son avion en catatrophe, vers 2h du matin, dans un champ près de la ferme de Vaulabelle, sur la commune de Châtel-Censoir : 2 morts, 2 blessés, lui seul indemne…A pied en restant à l’abri des bois, il s’est retrouvé à Montillot, a rejoint l’église, puis la maison voisine qu’il supposait être le presbytère, avec un prêtre à qui demander secours discrètement…

J’en savais assez … Avec d’autres voisins, qui le prennent en charge, je lui conseille de rejoindre le bois du Fège, le plus proche, par le chemin derrière la propriété GENET, et d’y attendre qu’on lui fasse signe en sifflant trois coups prolongés. Il me promet que, s’il en réchappe, il reviendra me voir ! ( Plus tard, le maire aurait appris que cet aviateur était le fils du Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement polonais en exil à Londres).

Revenu près de chez moi, je trouve Mr B. bien contrarié de son appel aux gendarmes : « Moi, un ancien de 14-18, qu’est-ce que j’ai fait là ! » . En effet, c’est l’épouse du Chef- Gendarme qui lui a répondu ; mais un officier allemand était près d’elle, parfaitement au courant de la chute proche de l’avion, et de la « disparition dans la nature » de membres de l’équipage … Nous convenons ensemble de notre défense, et quelques minutes plus tard, 20 motocyclistes français et allemands arrivent sur la place du village. A l’officier qui nous questionne, nous répondons que nous avons eu très peur, cet homme tenant un revolver : « Les Franzouses sont des froussards ! », nous répond-il ; « comptez sur moi ! », et il prend nos noms . Quelques heures plus tard, le Sous- Préfet demande au Maire d’organiser une battue, en lui faisant comprendre discrètement de ne pas faire de zèle !

Le lendemain, tout le village sait que l’aviateur est caché au hameau de la Charbonnière. Heureusement, il n’y eut aucun dénonciateur ! Le bruit a couru ensuite qu’un groupe local de Résistance avait assuré son évasion par l’aérodrome de Bron. Je n’ai jamais su ce qu’était devenu mon aviateur polonais …  »         

Un autre témoignage, recueilli en août 2002 auprès de Mr Henri DESGRANGES, plombier en retraite à Châtel-Censoir (32 ans en 1942) :

« ...Il faut savoir qu’il y avait de nombreux Allemands en garnison à Châtel. Leur commandement siègeait dans le « château », grande maison de maître voisine de la mienne. Sept d’entre eux étaient logés chez moi, dormant sur la paille. En début de matinée du 28 Avril, j’ai tout de suite remarqué une effervescence anormale, et j’ai appris qu’un avion anglais était tombé près de la ferme de Vaulabelle. Aussitôt j’ai enfourché mon vélo et je suis monté à l’endroit indiqué. Plusieurs Allemands étaient sur place, très occupés à récupérer l’essence contenue dans une aile, bien allongée sur cette chaume, appartenant à Fernand GOURLOT, à la limite des champs du domaine de Vaulabelle. Cet avion n’était pas tombé à la verticale ; plutôt, comme s’il avait atterri . Je n’ai remarqué aucune trace de sang, ni de victimes. Voulant éviter un interrogatoire, je ne me suis pas attardé …
Aujourd’hui, le lieu de l’impact ( voir la carte ci-contre) est difficilement repérable sur le terrain ; il ne subsiste aucune trace ; dans les deux ou trois jours, les Allemands ont emporté jusqu’au dernier boulon ; La photo ci-dessus, prise en août 2002, montre la  lisière d’un bois impénétrable à cause des massifs de ronces ; l’endroit de la chute se situe à 80 mètres environ derrière moi.

Travaillant souvent à Montillot, je n’avais pas tardé à savoir qu’un rescapé s’était réfugié au presbytère de ce pays, suivant les consignes reçues pendant son instruction… »

La phase suivante...

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