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Montillot, 17 avril 44: prise d'otages et incendie d'une maison

 

 

 

 

 

 

 

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Montillot, village sans histoire, avons-nous prétendu un peu légèrement !

Et nous avons recherché anecdotes et faits divers, afin de faire revivre nos ancêtres aux yeux des jeunes générations…

Nous avons ainsi failli passer à côté de l’un de ces « faits divers » pourtant d’une exceptionnelle gravité, et dont on ne parle plus à Montillot,…sauf dans les mémoires manuscrits de Pierre Guttin.

Cela s’est passé il y a presque 60 ans, sous l’occupation allemande, quelques semaines avant le débarquement allié en Normandie.

On sait que, surtout depuis 1942-1943, de nombreux jeunes cherchant à échapper au « Service du Travail Obligatoire » (S.T.O.) se sont ralliés aux mouvements de Résistance, soit en rejoignant un « maquis », soit en vivant dans une « cache ».

Ces « mouvements » avaient mission, de la part des états-majors alliés, de harceler les troupes d’occupation et de perturber par tous moyens leurs transports et leurs communications. Ce faisant, considérés comme « terroristes », ces jeunes s’exposaient à des représailles souvent violentes : arrestations, tortures, déportations, exécutions,…

Ces représailles s’étendaient quelquefois à leurs proches et aux populations qui les protégeaient.

Et ainsi, des « villages sans passé » sont devenus tristement célèbres : Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, le 10 Juin 1944, avec le massacre de 642 habitants (dont 400 femmes et enfants) ; et quelques jours plus tard, Dun-les-Places, dans la Nièvre, le 26 Juin, avec 27 hommes fusillés sur la place et devant le parvis de l’église…

Certes, l’événement que nous rappelons ci-après n’a pas une telle ampleur tragique. Mais on ne doit pas oublier que Montillot a eu ses « jours noirs de l’occupation », les 16 et 17 Avril 1944, et son « supplicié », Léon MOREAU

 17 Avril 1944 . Rapport du Maire de Montillot au Sous-Préfet.

(Archives départementales de l’Yonne – A.D.Y.- 1 W 133 ).

« J’ai l’honneur de vous informer que dans notre Commune si calme d’ordinaire, viennent de se passer depuis 48 heures des choses anormales.

Dimanche 16 dans la matinée, la police allemande est venue arrêter un épicier du bourg, Mr MOREAU Léon, ainsi que sa fille Paulette, épouse ANTONI, mère de 2 petits-enfants.

La police s’étant trompée de maison, elle a fait irruption à l’épicerie PIGEONNAT, qui, n’ayant pas ouvert sa porte assez vite, des coups de mitraillette ont été tirés, et il s’en est fallu de peu que le fils ne soit atteint .

Aujourd’hui lundi, des officiers allemands et des soldats sont arrivés dans un car des « Rapides de Bourgogne », pour perquisitionner au domicile MOREAU. Un officier m’a dit que le dit domicile abritait des terroristes et des armes de provenance anglaise. Par la suite, et ordres étant donnés, ils ont mis le feu à la maison d’habitation et à l’épicerie contigüe de quelques mètres à l’habitation. J’ai alerté les pompiers qui ont mis la pompe à incendie en batterie pour préserver les immeubles voisins. Le même officier m’a averti que si des personnes de la Commune avaient abrité ou hébergé des terroristes, leur domicile subirait le même sort que celui précité…. »

Signé : Alfred DEFERT

8 Avril 1944. Rapport de la Gendarmerie de Châtel-Censoir. (A.D.Y. –1W133)

« Le 17 avril 1944 à 14h30, nous avons été avisés téléphoniquement par Mr le Maire de Montillot…

La veille, Mr Léon MOREAU avait été arrêté à la place de son fils Paul, 24 ans, et Madame ANTONI à la place de son mari Jean, 27 ans, inculpés tous deux de parachutages d’armes et en fuite.

A notre arrivée à 16h30 à Montillot, …le bâtiment d’habitation et celui où se trouve le magasin d’épicerie ne formaient plus qu’un amas de décombres. Les murs étaient encore debout et la cave n’avait pas beaucoup souffert…Les pompiers n’ont pas eu à intervenir pour protéger les bâtiments voisins.

Madame MOREAU a eu l’autorisation d’emmener seulement 2 lits et quelques vêtements pour ses deux petits-enfants, mais aucun de ses effets, ni son argent, ni quoi que ce soit de la maison et de son épicerie.

Les Allemands sont partis à 12h30, quand la maison a été en grande partie consumée. Ils ont déclaré au Maire avoir découvert des grenades et des mitraillettes de provenance anglaise, mais ils ne lui ont pas montré. »

Déclaration de Madame Valentine MOREAU, née MAILLEAU, ( épouse de Léon MOREAU ) aux gendarmes :

« L’officier qui avait arrêté la veille mon mari et ma fille s’est présenté chez moi. Son interprète m’a déclaré : « Vous avez abrité des terroristes ; nous allons vous brûler ! ». Je lui ai répondu : «  Je n’ai pas abrité de terroristes, mais puisque vous voulez me brûler, faites ce que vous voudrez, vous savez que je ne peux pas vous en empêcher ! ».

Ils m’ont ordonné de sortir. Je leur ai demandé de sauver la literie de mon petit-fils Jean-Michel âgé de 18 mois . Ils ont répondu : « Pour l’enfant, je permets, je vous accorde un quart d’heure ».

J’ai emmené ce que j’ai pu, un lit d’enfant, un petit berceau et quelques affaires pour les petits. Mon autre petite fille était chez ses autres grands-parents.

…Ils ont emporté 50 kg de sucre et plusieurs autres caisses de marchandises ».

Témoignage de Paul MOREAU ( gendarme en retraite à Appoigny) – recueilli en octobre 2002. 

NB: Paul Moreau est décédé à Appoigny début Janvier 2004.

« Jean et moi nous cachions à cette époque dans une chambre du rez-de-chaussée, derrière la boulangerie JOUX . Ce dimanche-là, vers 7 heures du matin, Madame JOUX aperçoit par la porte de son magasin, en haut de la rue, deux « tractions CITROEN » noires arrêtées devant l’épicerie PIGEONNAT. Aussitôt elle nous alerte en frappant à la cloison, et nous partons immédiatement, et tout « bêtement », par la grand’rue, vers le bas du village, pour rejoindre les « Côtes » . Mais il y avait un passage à découvert derrière la maison BUREAU, et des balles ont sifflé : elles venaient d’un fusil-mitrailleur installé au bout du jardin de Léon MOREAU. Nous avons pu rejoindre les bois et les Allemands n’ont pas cherché à nous rattraper !

J’ai ensuite rejoint Tameron, j’ai dormi dans une cabane, et dans la journée du lendemain, j’ai rencontré dans la « Plaine » Roger Mathé, qui m’a raconté : sur dénonciation, les Allemands nous cherchaient dans une épicerie ; c’est pourquoi ils sont rentrés chez Pigeonnat et ont tiré sur le fils Pierre. Ensuite mon père les a orientés vers les parents de Jean ANTONI, qui habitaient tout en haut du village, ce qui nous a donné le temps de nous éloigner. Mais ne nous trouvant pas, les Allemands ont emmené mon père et ma sœur . Le matin même, lundi 17, ils sont revenus et ont mis le feu au lance-flammes à notre maison et à l’épicerie.

Nous avons appris plus tard que Paulette et mon père étaient incarcérés à la prison d’Auxerre. Tous les deux ont subi des interrogatoires très durs, sans fournir aucun renseignement sur la Résistance. Ma sœur a été libérée au bout d’un mois, mais mon père a été mis un peu plus tard dans un convoi partant de Compiègne pour le camp de concentration de DACHAU. Il était en très mauvais état physique, et est décédé avant l’arrivée, qui a eu lieu le 5 Juillet…

Nous l’avons su par un de ses compagnons, dénommé JOUBLOT, de Mailly-la-Ville.

Les jours suivants, nous avons rejoint le maquis du Loup, près de Clamecy…

Nous avons su qui nous avait dénoncés… Il n’était pas de Montillot, et ne savait, ni où habitait notre famille, ni où nous nous cachions …avec des armes !…, sinon les conséquences auraient été encore plus graves !

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